Soirée de Poche #3 : le récit

A la troisième soirée de poche, il y avait un garçon discret, avec un gros appareil photo. Je n’ai pas eu le temps de le croiser à la fin de la soirée, mais lui nous a écrit quelques jours plus tard. Il s’appelle Antoine Doyen, a réalisé un superbe reportage photo. En attendant les vidéos, voici donc un court récit illustré de ce moment magique passé avec Erica Buettner, Ron Sexsmith et Patrick Watson. Une soirée avec des colocataires, un mégaphone, des gens qui tapent sur des casseroles, un clochard céleste, une voix magnifique, une américaine toute douce, des voisins et des policiers.

Quand nous sommes arrivés, nos hôtes, six colocataires se partageant un 200 m2, avaient déjà dégagé l’espace : entassé canapés et tables basses dans le couloir, vidé les étagères, viré l’ordinateur et la chaîne hifi, posé le piano droit sur un tapis au milieu du salon. Les musiciens sont venus poser leur matériel, dans un coin à droite. Tout était prêt.

Ils avaient même posé des écriteaux pour qu’on ne se perde pas en allant aux toilettes. Nous avons investi la cuisine, transformée en bar / backstage / console son.

Le public est arrivé peu à peu, flyer à la main, attendant les bières (en retard), fumant au début à la fenêtre, puis un peu partout, s’asseyant naturellement en tailleur autour du piano, parlant par petits groupes, pendant qu’Erica Buettner attendait, déjà en place.

Nous avons commencé en retard. Erica Buettner et sa guitare sur une chaise droite, Stefanos avec son accordéon assis sur le tabouret du piano attendaient patiemment, discrets, souriants. Laisser les gens prendre à boire, les pousser à s’asseoir, introduire la jeune musicienne qui n’avait pas fait cinq concerts et se retrouvait à un mètre de son public, dans un appartement, un soir d’été lourd. Sa musique était lente et calme, Erica chantait comme si elle sussurait ses chansons dans chacune de nos oreilles et nous, nous osions à peine faire craquer le vieux parquet, afin de laisser se déployer tranquillement sa musique.

Ron Sexsmith avait accepté à la dernière minute de nous rejoindre et de jouer à la soirée. Il était arrivé parmi les premiers, avait attendu longtemps dans une chambre, avec l’un des colocs. J’ai aimé beaucoup de ses chansons, sans jamais tomber amoureux d’un de ses albums. Ce soir, ce fut pareil. Certaines chansons étaient sublimes (’This is how I know’, ’Brandy Alexander’), d’autres ne leur arrivait pas à la cheville. Mais il y avait une constante de qualité : la voix de Sexsmith, puissante, sûre d’elle et dans le même temps mélancolique, d’une incroyable douceur. Elle emplissait le salon naturellement, et justifiait à elle seule le choix de faire ce concert sans micro ni amplification. Certaines voix sont tellement plus belles quand elles arrivent directement à vous.

Et puis, la nuit est tombée.

Il y avait une guirlande posée sur la laque du piano, deux petits projecteurs, qui éclairaient à moitié ces quatre énergumènes : Patrick Watson, sa belle gueule, sa casquette et ses loques, Michka, sa contrebasse et son stetson, Simon branché sur un ampli de poche et Robbie, assis sur le rebord de la fenêtre, un capharnaüm à ses pieds.

Des clochards célestes, des saltimbanques illuminés, un cirque bancal et magnifique qui s’est posé dans cet appartement comme il l’aurait fait dans une clairière, un tripot, que sais-je. Robbie tapait partout, sur des casseroles, des couvercles de poubelles, le rebord de la fenêtre, frottait ses balais sur le parquet...

Patrick chantait, et quand il chantait, il grimaçait, déformait sa bouche, fermait un oeil, et quand il ne chantait pas il se retournait vers les autres, riait, murmurait, grognait en souriant. Il ne tenait pas en place, assis au piano, il se retournait, se levait, mettait ses mains devant la bouche.

C’était un immeuble calme, dans une ruelle calme. Il était onze heures, ils tapaient sur des cymbales, s’excitaient sur le piano, chantaient dans le mégaphone prêté par les colocs... C’était un carrousel bruyant et les voisins s’en sont inquiétés. Nous avons fermé les fenêtres, fini par des chansons plus calmes. Puis le concert s’est arrêté. Enfin, dans l’appart...

Le groupe et une partie du public sont descendus sous le porche en bas. Encore plus sauvage, encore plus bruyant, mais tout aussi magique. Nous avons fini par tous nous serrer dans le petit bar en bas, plus au calme, plus intime encore... Et bien évidemment, c’est alors que la police est arrivé. Nous avons poliment arrêté. On avait eu notre dose de magie. Il faisait doux, on a fini la soirée avec des bières et des rires...

Vous verrez tout ça, bientôt. Merci encore à nos hôtes, aux musiciens, et à tous ceux qui étaient là.

PS : Ceci n’est qu’un aperçu du reportage d’Antoine Doyen. L’intégralité est disponible sur son Flickr

le 5 juillet 2008 par Chryde
commentaires •

Soirée de Poche #3 : le récit

Vous êtes de beaux petits saligots, vous m’avez même pas invités ! Vous auriez pu truander le tirage au sort pour votre ancien chroniqueur ! Je vous hais.

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5 juillet 2008, par pradoc

Soirée de Poche #3 : le récit

Aie Aie Aie ! j’ai raté ça.... Heuresement, jme suis rattrapé avec le concert aux bouffes du Nord. Allez, vivement la vidéo !

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6 juillet 2008, par Marko

Soirée de Poche #3 : le récit

tant d’images ! ça m’émeut… la presse papier n’a pas autant d’égards… ah ah

J’y vais également de mon avis sur la soirée, pardon si je flingue un peu les premières parties… c’est pour mieux apprécier Watson !

> http://antoinedoyen.net/2008/07/06/...

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6 juillet 2008, par Antoine

Soirée de Poche #3 : le récit

C’est pas plutôt "Brandy Alexander", la chanson (et non pas Monty) ? Soit la chanson qu’il a écrit pour Feist.

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7 juillet 2008, par JJSJ

Soirée de Poche #3 : le récit

Si, c’est Brandy.

Antoine, t’es un peu dur avec Erica Buettner et Ron Sexsmith. La première s’inscrit effectivement dans la lignée des chanteuses aphasiques telles Vashti Bunyan ou Linda Perhacs. C’est lent, mais c’est beau et ça sent le feu de camp et la couverture à carreaux. Quant au deuxième, il n’a plus grand chose à prouver en matière de songwriting délicat. J’ai trouvé sa voix sublime lundi soir.

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7 juillet 2008, par Tanguy

Soirée de Poche #3 : le récit

ah oui, Tanguy, je ne nie pas le petit goût de couverture à carreaux… sympathique, mais pour fumer un joint ou dormir ou les deux… quant à Ron Sexmith, non, c’est vraiment sa voix qui m’a gêné, ça me touchait pas :( Pourtant il avait un vrai charisme avec sa guitare… mais non, vraiment, je sais pas… manquait un truc.

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8 juillet 2008, par Antoine

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