#88 Pigeon John

Pigeon John nous emmène dans un voyage dans le temps, vers un hip-hop chaleureux, drôle et joueur, qui ignore la grisaille new-yorkaise et nous ramène aux good old days.
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Faire un Concert à Emporter avec un groupe de rap, on ne vous cachera pas que c’était une idée qui titillait certains d’entre nous depuis un bail. Parce que si on a mis un paquet de musiciens dans la rue, ceux qui font le hip-hop - musique urbaine par excellence - y sont très largement nés.

Encore fallait-il trouver le bon client. Un qui soit suffisamment joueur pour se prêter au jeu, un qui décide d’ignorer les risques et de balancer son flow contre le béton sans filet, en plan séquence. Un qui ait la fraicheur nécessaire pour s’éloigner des clichés de l’imagerie hip-hop contemporaine, parfois bien éloignée des block parties originelles.

Ce client, on l’a trouvé avec Pigeon John, un pur produit du mythique Good Life Café. Irrévérencieux, excellant dès son premier album (Pigeon John is Clueless, 2001) dans l’art difficile de l’autodérision, chroniqueur de petits moments quotidiens et de ses multiples mésaventures plutôt que de la vie de gangsta, le bonhomme d’Inglewood s’est prêté au jeu. Armé de son excellent petit dernier - Pigeon John & The Summertime Pool Party - sur lequel on trouve rien de moins que Brother Ali et J-Live, le tout signé sur Quannum Records (Blackalicious, Lyrics Born, Curumin, etc.).

CAE - #88.1 - PIGEON JOHN - HELLO EVERYBODY

Réal : Vincent Moon

Tourné à New York

Sous la pluie d’un mois d’octobre dans le Lower East Side, bien loin du soleil californien. Avec pour seules armes contre la grisaille le sens de la mesure et un acolyte - Davey Rockit - qui beatboxe. Alors bien sûr, qui dit Concert à Emporter dit aussi déshabillage complet de la chanson. Le décapage est d’autant plus spectaculaire que ce hip-hop là n’utilise en guise d’instruments que des samples bien sentis (et en premier lieu les Pixies de "Hey"). Ne restent donc que les éléments essentiels : une voix joueuse, un rien nasillarde par moments, et un sens de la dérision qui passe autant dans le texte que dans la gestuelle du bonhomme.

CAE - #88.2 - PIGEON JOHN - FREAKS, FREAKS

Réal : Vincent Moon

Tourné à New York

Ce même mec qui s’adresse autant à ses ladies qu’à ses nerds et qui ne peut visiblement s’empêcher de partir dans le moindre contrepied ("I make the ladies drool - not really but it sounds cool") posera ensuite le single de son dernier album - "Freaks, Freaks" - sous un abribus, béret jazzy sur le crâne et parapluie en main. Avec un public inédit. Un concert à emporter fonctionne souvent grâce à ceux qui s’incrustent inopinément, naturellement, sur la pellicule. La plupart de ceux qui se lâchent suffisamment sous l’œil intimidant de la caméra sont des enfants mais - pour une fois - c’est ici un vieux mexicain qui s’invite et improvise pendant que nos deux larrons lui donnent le tempo. Evidemment, il parlera très vite motherfucker et grosse bite, dans l’indifférence des jeunes qui attendent le bus et des passants luttant contre le vent, mais sous le regard malicieux de Pigeon John qui rappait quelques instants plus tôt "underground hip-hop means no women".

CAE - #88.3 - PIGEON JOHN - HEARTBEAT

Réal : Vincent Moon

Tourné à New York

Ce qu’on avait encore jamais fait, c’était aussi de faire de la caméra un instrument. Ce que les deux larrons s’empressent de faire, mimant ensuite une agression juste devant une voiture de la NYPD. Anecdotique, bravache comme peuvent l’être des gosses de 13 ans, peut-être - mais révélateur. On se dit alors qu’on aurait pu tomber sur un MC plus technique que Jean Pigeon, sur un beatboxer plus virtuose que Davey, mais certainement pas sur des mecs aussi décontractés et drôles. Ni trop branleurs, ni trop désabusés, ni trop ironiques : des mecs qui transportent avec eux une sorte de chaleur humaine, un peu comme le fait un Mos Def, sur disque et sur les écrans près de chez vous.

CAE - #88.4 - PIGEON JOHN - IMPRO

Réal : Vincent Moon

Tourné à New York

Et lorsqu’enfin on se jette dans un freestyle - exercice obligé du hip-hop - c’est sur un pont immense, dont on ne voit pas le bout, au milieu de barres qui s’enquillent aussi loin que le regard porte. Le texte, joliment absurde, et la démarche de ces deux petits gars qui avancent sous un ciel couvert, renvoient alors directement à ce que cette musique était censée faire à l’origine : réinjecter un peu de joie dans la grisaille et le béton, se réapproprier par une langue déliée ces espaces inhumains. Unity, peace & having fun. C’était au début des années 80, et l’espace d’un instant on se dit que c’était hier. Les gars, merci pour le voyage dans le temps.

le 17 mars 2008 par Garrincha
commentaires •

Pigeon John

Quel plaisir que ce concert à emporter qui redonne du souffle à votre initiative. Comment ne pas y avoir penser plus tôt. Quoi de mieux que le minimalisme du rap pour investir la rue et sa géométrie aliénante ?

Néanmoins, vous auriez pu nous éviter les commentaires rebattus sur votre nostalgie d’un hip hop "Unity, peace & having fun", comme vous dites. Contrairement à vous, je ne me suis pas du tout senti de retour aux 1980s, mais parfaitement dans mon époque (voire dans les 1990s s’il fallait absolument faire machine arrière !). Ce qui me gêne aussi dans votre texte, c’est votre façon de faire des discriminations au sein du hip hop : le "bon" hh contre le "mauvais" hh, le passé contre le présent, les textes positifs contre les textes négatifs, le progressisme contre la décadence, l’indé contre le mainstream... Vous percevez cette musique par le bout de la lorgnette (indé), en faisant des simplifications néfastes, et donnez l’impression de ne pas du tout vous y connaître en hh. Je vous laisse quand même le bénéfice du doute.

Merci à toute l’équipe. Expérience à renouveller !

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17 mars, par Papa

RE : Pigeon John

Oula, désolé si j’ai pu paraître sectaire, ce n’était pas l’intention. Je fais une opposition entre bon et mauvais hip-hop (désolé hein), mais pas entre positif et négatif (j’aime aussi MOP, j’ai des disques de Necro et j’ai vu PE en concert 2 fois - autant pour la lorgnette indé), et mon propos ici était de dire que je trouve que celui-ci en particulier se prêtait bien au jeu.
Quand à la nostalgie de l’esprit qui entourait le hip-hop dans les années 80, je l’assume parfaitement. Et je trouve que ce hip-hop joueur au milieu du béton rappelle bien cette époque (ou celle des débuts du Good Life Café). A ce sujet, je recommande d’ailleurs la lecture de l’excellent Hip-Hop Files de Martha Cooper.

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17 mars, par garrincha

Pigeon John

Ça ne marche toujours pas... pourtant j’ai tous les codecs possible et inimaginable sur mon ordi. Je crois que je ne suis pas le seul à être dans ce cas. Si vous pouviez y remédier ce serait cool. Merci à vous...

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18 mars, par Flo

RE : Pigeon John

Comme indiqué précédemment, c’est un problème de compatibilité entre le player Dailymotion nouvelle version et Firefox. Ce n’est pas entre nos mains ... Au pire, il suffit de les regarder sous IE.

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18 mars, par garrincha

Pigeon John

Pourquoi les anciens C.A.E ne sont plus disponible en téléchargement ?

Sinon j’ai beaucoup aimé Pigeon John. Ca change un peu des traditionnels C.A.E. Merci à vous.

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21 mars, par GDR

Pigeon John

Très bon site que je viens de découvrir. Merci les gars continuez et mettez un peu plus de rappeur, il y en as qui mérite de figurer ici. Je pense en priorité a "eklips" de "le remede", qui pourrais donner un concert vraiment sympathique grâce à leurs talents de beatboxe et d’imitateurs.

En tout cas j’adore John pigeon et ce site en général.

ps pour le remede : http://www.dailymotion.com/relevance/search/eklips%2Bimitation/video/x2nsxk_dangereuses-combinaisons_music

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29 mars, par Baresco

Le Pigeon

Sympa le petit style gratuit. Il est cool Pigeon John. Dans l’esprit "on-est-positif-on-a-le-sens-de-l’humour-et-on-est-accessible" il fait plaisir. Sympa en tout cas le concept. Ah, et je l’ai jamais posté ici encore mais elle pète bien cette nouvelle version...

"Ouais la famille !" (comprendra qui voudra)

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31 mars, par Nicobbl

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